Jacques Spitz (1896-1963)
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Re: Jacques Spitz (1896-1963)

"A Monsieur Pierre Bonardi
hommage de l'auteur
J Spitz"
Dédicace de Jacques Spitz, gentiment envoyé par 61 Missions.
Dernière édition par le Ven 20 Juil - 10:29, édité 3 fois
Dernier Exil T1
Dernier Exil de Jean-Michel Ponzio est l'adaptation du roman de Jacques Spitz L'Oeil du purgatoire. (Merci à Lolo de m'avoir alertée sur cette sortie).
L'histoire
Jean Podolsky est un peintre désoeuvré. Guère inspiré, blasé, dégoûté, il erre dans Paris sans objectif, enfermé dans ses pensées intérieures. Même sa petite amie Armande n'arrive plus à lui rendre la joie de vivre.
Jusqu’au jour où, sur les quais de Seine, il croise un étrange savant, Dagerlöff. La verve de ce vieil homme tirent un instant Jean de ses rêveries morbides mais très vite le personnage lui devient insupportable.
Car Dagerlöff partage avec lui son obsession de la mort et explique alors sa théorie du voyage dans la "causalité". Et si l’homme parvenait à se projeter dans le temps par celle-ci. S’il était capable de voir le devenir de chaque chose au moment où l’on pose son regard dessus ?
Alors que Jean se décide enfin à se suicider, le savant lui transmet un bacille, résultat de ses digressions scientifiques.
Une nouvelle vie commence pour Jean, plongé à son insu dans la "causalité".
Une adaptation osée pour ce qui est sans aucun doute le chef-d’œuvre de Jacques Spitz. La complexité des réflexions de Dagerlöff n'était pas forcément aisée à retranscrire. Quant à l'ensemble du scénario, qui fait appel à une psychologie profonde, torturée est tellement sombre, il fallait, j'imagine, une grande force pour s'immiscer en elle.
Jean-Michel Ponzio signe ici un album absolument maîtrisé, abouti. Toute la force du livre est magnifiquement retranscrite. Le dessin, les couleurs aux sépias grisés sont sublimes et collent parfaitement à l'atmosphère de l'œuvre.
Ponzio prend un grand soin à poser son personnage et sa réflexion borderline. Il y a une force incroyable, un réalisme extraordinaire dans les traits, mais aussi dans les non-dits. Les bulles qui se superposent cachant les propos d'Armande au profit des pensées de Jean, offrent une sorte de réalité virtuelle.
Quelques cases donnent à penser que techniquement, certaines scènes ont pu être des photos, redessinées, colorisées. Ce qui est d'autant plus intéressant quand on voit l'importance que la photo prendra dans une part de l'histoire.
Bref, une bande-dessinée magnifique à ne pas manquer, qui se suffit à elle-même. Espérons donc que la suite ne tardera pas à sortir et qu'elle sera à la hauteur de cette première partie.
S'il n'est pas utile d'avoir lu le livre de Jacques Spitz pour se plonger dans la BD, je vous conseille néanmoins cet incontournable de la SF (à la limite du fantastique) française. Epuisé, on le trouve assez facilement sur des sites d'occases.
Pour en savoir plus sur l'oeuvre de Jean-Michel Ponzio
sa biographie
une interview incontournable pour mieux le connaître
une interview de lui sur notre site Erwelyn.com que monsieur Ponzio a eu l'extrême gentillesse de m'accorder.
L'histoire
Jean Podolsky est un peintre désoeuvré. Guère inspiré, blasé, dégoûté, il erre dans Paris sans objectif, enfermé dans ses pensées intérieures. Même sa petite amie Armande n'arrive plus à lui rendre la joie de vivre.
Jusqu’au jour où, sur les quais de Seine, il croise un étrange savant, Dagerlöff. La verve de ce vieil homme tirent un instant Jean de ses rêveries morbides mais très vite le personnage lui devient insupportable.
Car Dagerlöff partage avec lui son obsession de la mort et explique alors sa théorie du voyage dans la "causalité". Et si l’homme parvenait à se projeter dans le temps par celle-ci. S’il était capable de voir le devenir de chaque chose au moment où l’on pose son regard dessus ?
Alors que Jean se décide enfin à se suicider, le savant lui transmet un bacille, résultat de ses digressions scientifiques.
Une nouvelle vie commence pour Jean, plongé à son insu dans la "causalité".
Jean-Michel Ponzio signe ici un album absolument maîtrisé, abouti. Toute la force du livre est magnifiquement retranscrite. Le dessin, les couleurs aux sépias grisés sont sublimes et collent parfaitement à l'atmosphère de l'œuvre.
Ponzio prend un grand soin à poser son personnage et sa réflexion borderline. Il y a une force incroyable, un réalisme extraordinaire dans les traits, mais aussi dans les non-dits. Les bulles qui se superposent cachant les propos d'Armande au profit des pensées de Jean, offrent une sorte de réalité virtuelle.
Quelques cases donnent à penser que techniquement, certaines scènes ont pu être des photos, redessinées, colorisées. Ce qui est d'autant plus intéressant quand on voit l'importance que la photo prendra dans une part de l'histoire.
Bref, une bande-dessinée magnifique à ne pas manquer, qui se suffit à elle-même. Espérons donc que la suite ne tardera pas à sortir et qu'elle sera à la hauteur de cette première partie.
S'il n'est pas utile d'avoir lu le livre de Jacques Spitz pour se plonger dans la BD, je vous conseille néanmoins cet incontournable de la SF (à la limite du fantastique) française. Epuisé, on le trouve assez facilement sur des sites d'occases.
Dernière édition par le Ven 21 Déc - 8:27, édité 1 fois
Re: Jacques Spitz (1896-1963)
Dédicace apparaissant sur le dernier livre que je me suis procuré et dont la critique ne devrait pas tarder.
Dernière édition par le Mer 2 Jan - 11:47, édité 1 fois
Re: Jacques Spitz (1896-1963)
Le deuxième et dernier tome de Dernier Exil de Jean-Michel Ponzio sortira le 20 Août prochain.
Au tournant de l’oubli : Albert Robida et Jacques Spitz
Voici dans son intégralité, l'article que j'ai écrit pour Phénix-Mag en mai dernier.
"Evoquer l’histoire d’un courant ou d’un genre littéraire, c’est s’appuyer sur des jalons incontournables de notre culture, de notre histoire.
C’est faire référence aux auteurs marquants, aux tendances novatrices, aux interactions entre contextes historiques, économiques, personnels et l’imaginaire qui en découle.
En France, on peut identifier les premières œuvres de science-fiction dès le XVIIe siècle avec Les Etats et les Empiresde la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac (1657), au XVIIIe siècle avec le Micromégas de Voltaire (1752) ou encore la Découverte Australe par un Homme Volant de Restif de la Bretonne. Mais le XIXe sera évidemment la période la plus propice à l’imaginaire scientifique. Ce siècle qui voit apparaître tant d’innovations techniques ne pouvait laisser insensibles certains esprits créatifs. Tel Jules Verne qui écrit en 1865 De la Terre à la Lune. Villiers de l’Îsle Adam nous livre l’Eve Future en 1886, quant à Rosny-Aîné, qui poursuivra son écriture durant les premières années du siècle suivant, rédige Xipétuz.
En abordant le XXe siècle, avec ses deux guerres mondiales, d’autres écrivains poursuivent ce mouvement amorcé, il est vrai, par Jules Verne principalement et assoient ce nouveau genre dans une vraie dynamique scientifictionnesque. Que ce soit Maurice Renard avec son très bon Dr Lerne, Gustave le Rouge, Messac ou Barjavel, tous ont contribué à affirmer l’identité de cette nouvelle fiction française.
Et l’après-guerre voit naître toute une génération d’écrivains, plus talentueux les uns que les autres : Wul, Boulle, Klein, Merle, Jeury, Andrevon, Curval, Arnaud, Houssin, Brussolo, Ayerdhal…
Ce bref aperçu, tel qu’il pourrait apparaître dans de nombreux ouvrages généralistes, n’a évidemment pas une vocation d’exhaustivité. Mais c’est sans doute à cause de ce manque de précision, associée à des éditeurs peu enclins à répondre à une demande, économiquement non rentable, que des auteurs, Albert Robida (1848-1926) ou Jacques Spitz (1896-1963), finissent par disparaître, oubliés, condamnés aux caisses poussiéreuses des bouquinistes et autres soldeurs.
Revenons donc d’abord à cette période de la fin du XIXe, tellement évocatrice de progrès et d’inventions. Si on sait que Jules Verne n’est donc pas le premier à avoir écrit de la SF, on oublie par contre qu’un de ses contemporains, Albert Robida, est allé aussi très loin dans l’anticipation et l’inventeur du Nautilus fait aujourd’hui beaucoup d’ombre à cet écrivain/illustrateur qui nous a pourtant offert une œuvre majeure, le Vingtième Siècle, et bien d’autres écrits très intéressants.
Né à Compiègne en 1848, Robida s’impose très vite dans la presse de l’époque (La Vie parisienne, la Caricature) chroniquant des faits de société de toutes envergures, historiques, politiques, littéraires, mais c’est en 1879 qu’il décide de se mesurer à son contemporain Jules Verne, en écrivant et illustrant une ébouriffante, énorme et copieuse parodie des « Voyages Extraordinaires » sous le titre non moins à rallonge : Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les 5 ou 6 parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus de M. Jules Verne.
Désormais, Albert Robida s’attache à des œuvres de bien meilleure qualité anticipatrice que ses prédécesseurs. Posant un véritable regard sur les temps à venir et là où Jules Verne n’extrapolait que des aventures mêlées de sciences, (lesquelles devaient être constamment anéanties à la fin de ses romans), Robida, lui, pose une réelle réflexion sur les progrès techniques de cette fin de siècle. Par la création et l’utilisation quelquefois farfelues d’inventions de son cru (le phono-opéragraphe (baladeur), téléphonoscope (téléviseur)), il a le mérite de les rendre toutes fonctionnelles dans son imaginaire, montrant un vrai engouement pour la projection scientifique. Et c’est ainsi qu’en 1882, il s’attaque à la réalisation du Vingtième Siècle où le lectorat plonge dans un avenir peu amène des années 1950 futures.
Que ce soit dans cette œuvre majeure ou dans le reste de sa production, Robida ne cesse d’être obsédé, fasciné par la guerre. L’analyse qu’il tente d’en faire parcourt la totalité de ses écrits imaginaires. Il la trouve si néfaste qu’il se positionnera toujours comme un antimilitariste. Il cherchera en permanence à dénoncer les objectifs de ces conflits profondément économiques, associés, de plus, à une science qu’il condamne moins que le mauvais usage que l’on pourrait en faire.
Présente déjà dans les Voyages très extraordinaires..., la guerre se voit attribuer un véritable album : La Guerre au XXe siècle et dans un des derniers textes de Robida : l’Ingénieur Von Satanas, elle amène à la destruction de la civilisation, les derniers survivants retournant à l’âge des cavernes.
Les humains ne font que s’entre-déchirer et à la manière de Jacques Spitz, cinquante ans plus tard, Robida entrevoyait déjà cette nature dévastatrice de l’Homme.
Au final l’avenir que nous prédit Albert Robida est très peu décalé avec notre réalité actuelle et ce, malgré sa fantaisie et son humour.
Si de Jacques Spitz, on ne connaît quasiment rien de sa biographie, néanmoins ses écrits permettent de dresser un profil assez précis de l’homme, au moins de ses idées. La BNF vient de recevoir, de la main des ayants-droits, son journal intime. Mais en attendant de pouvoir consulter ce dernier, Jacques Spitz reste encore mystérieux.
Né en Algérie en 1896, Jacques Spitz s’est illustré comme un rationaliste excessif. Ancien polytechnicien, on doit lui reconnaître une obsession à trouver une logique implacable à tout événement. Il en découlera une série de romans assez pessimistes, naïfs diront certains, mais qui ne manquent pas de symbolique et qui restent condensés dans une période peu anodine, celle de la Seconde Guerre mondiale.
L’Agonie du Globe (1935), par exemple, s’en prend à la planète, la scindant en deux dans l’espace, créant ainsi « deux terres » s’éloignant de plus en plus l’une de l’autre. Comment ne pas y voir un lien avec ce qu’il se passe actuellement sur les problèmes d’environnement, alors que les intérêts de chacun semblent aussi opposer deux mouvements idéologiques.
Comme chez Albert Robida, les conflits sont souvent au centre de ses œuvres, sorte de terrain d’expérimentation des réactions humaines, alors que chez son prédécesseur, c’était la prospective technique qui primait. Mais dans les deux cas, l’homme est bien peu de choses, renvoyé dans ses pénates, dénoncé dans sa condescendance, sa supériorité déplacée, pour finir comme dans la Guerre des Mouches (1938) dans un zoo. Ouvrage qui, du reste, est également un excellent pamphlet à l’encontre de la colonisation.
Son chef-d’œuvre est sans conteste L’œil du Purgatoire (1945) où le peintre Jean Poldonski, suite à l’injection dans son organisme d’un bacille par un savant fou, voit tout ce qui l’entoure vieillir à une très grande vitesse. Jeu sur le temps, le temps de l’introspection, Spitz s’y prête avec succès créant ainsi son roman le plus angoissant.
Comment expliquer qu’il ait renié sa participation au genre sciencefictionnesque ? Sans doute, son journal nous le révèlera-t-il. Mais quand bien-même que Jacques Spitz ait eu de bonnes raisons, cela n’explique pas le désintérêt des éditeurs à l’encontre de cet auteur qui doit toujours avoir sa place entre Rosny aîné ou Barjavel.
Comme une inexorable course contre l’oubli, les descendants des uns et des autres, s’attachent à maintenir la place qui est due à leur ancêtre. L’association des Amis de Robida, créée en 1997 et qui compte environ 200 membres, s’est donnée comme objectifs de faire connaître l’œuvre de Robida à un public élargi, d’en approfondir la connaissance et de servir de lien entre ses amateurs. On notera aussi l’excellent travail de Daniel Compère, auteur de Albert Robida, du passé au futur, paru récemment aux éditions Encrage et qui regroupe une quinzaine de textes retraçant les différentes influences de l’écrivain. La BNF contribue aussi largement à la diffusion des ouvrages de Robida, par leur scanérisation et leur mise en ligne sur le site Gallica.
La famille de Jacques Spitz, quant à elle, bien plus discrète, vient de faire un cadeau considérable aux passionnés de l’écrivain en remettant à la BNF un journal intime que Spitz a rédigé de 1928 à 1962 et qui compte plusieurs milliers de pages. Se trouve également à la BNF le manuscrit d’un roman inédit : Alpha du Centaure que l’écrivain a écrit vers la fin des années 40. Selon les sources de Pierre Versins dans son Encyclopédie de l’Utopie et de la Science-fiction, ce livre aurait été publié en 1945 et mis au pilon lorsque son éditeur fut pillé par les allemands. De quoi donc espérer son intégration prochaine, qui sait, dans la base de donnée de Gallica.
Liens internet :
http://www.robida.info/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Spitz
http://gallica.bnf.fr/ (plusieurs ouvrages de Robida téléchargeables)
Ouvrages disponibles via les éditions traditionnelles :
La Vie Electrique Albert Robida (extrait, non illustré, du Vingtième Siècle) (Autrement, 2€)
Albert Robida, du passé au futur Daniel Compère (Encrage, 30€)
La Guerre des Mouches Jacques Spitz (Ombres, 9€)
Les Signeaux du Soleil dans l'anthologie Chasseurs de Chimères de Serge Lehman (Omnibus, 28€)
"Evoquer l’histoire d’un courant ou d’un genre littéraire, c’est s’appuyer sur des jalons incontournables de notre culture, de notre histoire.
C’est faire référence aux auteurs marquants, aux tendances novatrices, aux interactions entre contextes historiques, économiques, personnels et l’imaginaire qui en découle.
En France, on peut identifier les premières œuvres de science-fiction dès le XVIIe siècle avec Les Etats et les Empiresde la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac (1657), au XVIIIe siècle avec le Micromégas de Voltaire (1752) ou encore la Découverte Australe par un Homme Volant de Restif de la Bretonne. Mais le XIXe sera évidemment la période la plus propice à l’imaginaire scientifique. Ce siècle qui voit apparaître tant d’innovations techniques ne pouvait laisser insensibles certains esprits créatifs. Tel Jules Verne qui écrit en 1865 De la Terre à la Lune. Villiers de l’Îsle Adam nous livre l’Eve Future en 1886, quant à Rosny-Aîné, qui poursuivra son écriture durant les premières années du siècle suivant, rédige Xipétuz.
En abordant le XXe siècle, avec ses deux guerres mondiales, d’autres écrivains poursuivent ce mouvement amorcé, il est vrai, par Jules Verne principalement et assoient ce nouveau genre dans une vraie dynamique scientifictionnesque. Que ce soit Maurice Renard avec son très bon Dr Lerne, Gustave le Rouge, Messac ou Barjavel, tous ont contribué à affirmer l’identité de cette nouvelle fiction française.
Et l’après-guerre voit naître toute une génération d’écrivains, plus talentueux les uns que les autres : Wul, Boulle, Klein, Merle, Jeury, Andrevon, Curval, Arnaud, Houssin, Brussolo, Ayerdhal…
Ce bref aperçu, tel qu’il pourrait apparaître dans de nombreux ouvrages généralistes, n’a évidemment pas une vocation d’exhaustivité. Mais c’est sans doute à cause de ce manque de précision, associée à des éditeurs peu enclins à répondre à une demande, économiquement non rentable, que des auteurs, Albert Robida (1848-1926) ou Jacques Spitz (1896-1963), finissent par disparaître, oubliés, condamnés aux caisses poussiéreuses des bouquinistes et autres soldeurs.
Revenons donc d’abord à cette période de la fin du XIXe, tellement évocatrice de progrès et d’inventions. Si on sait que Jules Verne n’est donc pas le premier à avoir écrit de la SF, on oublie par contre qu’un de ses contemporains, Albert Robida, est allé aussi très loin dans l’anticipation et l’inventeur du Nautilus fait aujourd’hui beaucoup d’ombre à cet écrivain/illustrateur qui nous a pourtant offert une œuvre majeure, le Vingtième Siècle, et bien d’autres écrits très intéressants.
Né à Compiègne en 1848, Robida s’impose très vite dans la presse de l’époque (La Vie parisienne, la Caricature) chroniquant des faits de société de toutes envergures, historiques, politiques, littéraires, mais c’est en 1879 qu’il décide de se mesurer à son contemporain Jules Verne, en écrivant et illustrant une ébouriffante, énorme et copieuse parodie des « Voyages Extraordinaires » sous le titre non moins à rallonge : Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les 5 ou 6 parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus de M. Jules Verne.
Désormais, Albert Robida s’attache à des œuvres de bien meilleure qualité anticipatrice que ses prédécesseurs. Posant un véritable regard sur les temps à venir et là où Jules Verne n’extrapolait que des aventures mêlées de sciences, (lesquelles devaient être constamment anéanties à la fin de ses romans), Robida, lui, pose une réelle réflexion sur les progrès techniques de cette fin de siècle. Par la création et l’utilisation quelquefois farfelues d’inventions de son cru (le phono-opéragraphe (baladeur), téléphonoscope (téléviseur)), il a le mérite de les rendre toutes fonctionnelles dans son imaginaire, montrant un vrai engouement pour la projection scientifique. Et c’est ainsi qu’en 1882, il s’attaque à la réalisation du Vingtième Siècle où le lectorat plonge dans un avenir peu amène des années 1950 futures.
Que ce soit dans cette œuvre majeure ou dans le reste de sa production, Robida ne cesse d’être obsédé, fasciné par la guerre. L’analyse qu’il tente d’en faire parcourt la totalité de ses écrits imaginaires. Il la trouve si néfaste qu’il se positionnera toujours comme un antimilitariste. Il cherchera en permanence à dénoncer les objectifs de ces conflits profondément économiques, associés, de plus, à une science qu’il condamne moins que le mauvais usage que l’on pourrait en faire.
Présente déjà dans les Voyages très extraordinaires..., la guerre se voit attribuer un véritable album : La Guerre au XXe siècle et dans un des derniers textes de Robida : l’Ingénieur Von Satanas, elle amène à la destruction de la civilisation, les derniers survivants retournant à l’âge des cavernes.
Les humains ne font que s’entre-déchirer et à la manière de Jacques Spitz, cinquante ans plus tard, Robida entrevoyait déjà cette nature dévastatrice de l’Homme.
Au final l’avenir que nous prédit Albert Robida est très peu décalé avec notre réalité actuelle et ce, malgré sa fantaisie et son humour.
Si de Jacques Spitz, on ne connaît quasiment rien de sa biographie, néanmoins ses écrits permettent de dresser un profil assez précis de l’homme, au moins de ses idées. La BNF vient de recevoir, de la main des ayants-droits, son journal intime. Mais en attendant de pouvoir consulter ce dernier, Jacques Spitz reste encore mystérieux.
Né en Algérie en 1896, Jacques Spitz s’est illustré comme un rationaliste excessif. Ancien polytechnicien, on doit lui reconnaître une obsession à trouver une logique implacable à tout événement. Il en découlera une série de romans assez pessimistes, naïfs diront certains, mais qui ne manquent pas de symbolique et qui restent condensés dans une période peu anodine, celle de la Seconde Guerre mondiale.
L’Agonie du Globe (1935), par exemple, s’en prend à la planète, la scindant en deux dans l’espace, créant ainsi « deux terres » s’éloignant de plus en plus l’une de l’autre. Comment ne pas y voir un lien avec ce qu’il se passe actuellement sur les problèmes d’environnement, alors que les intérêts de chacun semblent aussi opposer deux mouvements idéologiques.
Comme chez Albert Robida, les conflits sont souvent au centre de ses œuvres, sorte de terrain d’expérimentation des réactions humaines, alors que chez son prédécesseur, c’était la prospective technique qui primait. Mais dans les deux cas, l’homme est bien peu de choses, renvoyé dans ses pénates, dénoncé dans sa condescendance, sa supériorité déplacée, pour finir comme dans la Guerre des Mouches (1938) dans un zoo. Ouvrage qui, du reste, est également un excellent pamphlet à l’encontre de la colonisation.
Son chef-d’œuvre est sans conteste L’œil du Purgatoire (1945) où le peintre Jean Poldonski, suite à l’injection dans son organisme d’un bacille par un savant fou, voit tout ce qui l’entoure vieillir à une très grande vitesse. Jeu sur le temps, le temps de l’introspection, Spitz s’y prête avec succès créant ainsi son roman le plus angoissant.
Comment expliquer qu’il ait renié sa participation au genre sciencefictionnesque ? Sans doute, son journal nous le révèlera-t-il. Mais quand bien-même que Jacques Spitz ait eu de bonnes raisons, cela n’explique pas le désintérêt des éditeurs à l’encontre de cet auteur qui doit toujours avoir sa place entre Rosny aîné ou Barjavel.
Comme une inexorable course contre l’oubli, les descendants des uns et des autres, s’attachent à maintenir la place qui est due à leur ancêtre. L’association des Amis de Robida, créée en 1997 et qui compte environ 200 membres, s’est donnée comme objectifs de faire connaître l’œuvre de Robida à un public élargi, d’en approfondir la connaissance et de servir de lien entre ses amateurs. On notera aussi l’excellent travail de Daniel Compère, auteur de Albert Robida, du passé au futur, paru récemment aux éditions Encrage et qui regroupe une quinzaine de textes retraçant les différentes influences de l’écrivain. La BNF contribue aussi largement à la diffusion des ouvrages de Robida, par leur scanérisation et leur mise en ligne sur le site Gallica.
La famille de Jacques Spitz, quant à elle, bien plus discrète, vient de faire un cadeau considérable aux passionnés de l’écrivain en remettant à la BNF un journal intime que Spitz a rédigé de 1928 à 1962 et qui compte plusieurs milliers de pages. Se trouve également à la BNF le manuscrit d’un roman inédit : Alpha du Centaure que l’écrivain a écrit vers la fin des années 40. Selon les sources de Pierre Versins dans son Encyclopédie de l’Utopie et de la Science-fiction, ce livre aurait été publié en 1945 et mis au pilon lorsque son éditeur fut pillé par les allemands. De quoi donc espérer son intégration prochaine, qui sait, dans la base de donnée de Gallica.
Liens internet :
http://www.robida.info/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Spitz
http://gallica.bnf.fr/ (plusieurs ouvrages de Robida téléchargeables)
Ouvrages disponibles via les éditions traditionnelles :
La Vie Electrique Albert Robida (extrait, non illustré, du Vingtième Siècle) (Autrement, 2€)
Albert Robida, du passé au futur Daniel Compère (Encrage, 30€)
La Guerre des Mouches Jacques Spitz (Ombres, 9€)
Les Signeaux du Soleil dans l'anthologie Chasseurs de Chimères de Serge Lehman (Omnibus, 28€)
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